Una malmaritata

Anonimo (sec. XVIII): N’èran tres fraires, canzone tradizionale diffusa nella Francia meridionale e in Piemonte; questa è la versione guascone, interpretata dall’ensemble Le Poème Harmonique diretto da Vincent Dumestre.

N’èran tres fraires
N’an qu’ua sòr a maridar.
L’an maridada
Au mei maishant deu vesiat.
L’a tant batuda
Dab un baston de verd pomèr.

L’a tant batuda
Dab un baston de verd pomèr,
Que l’a sacrada
De la tèsta dinc a son pè.
Sa camiseta
A l’aigueta se’n va lavar.

Mentre que lava,
Tres chivalièrs van arribar.
Hòu, la sirventa!
On ei la dauna deu castèth?
Soi pas sirventa,
Mès soi la dauna deu castèth.

Soi pas sirventa,
Mès soi la dauna deu castèth
Ditz, ma soreta,
Qui t’a mes dins aqueth estat.
Aquò’s, mon fraire,
Lo marit que m’avetz balhat.

Aquò’s, mon fraire,
Lo marit que m’avetz balhat.
E donc lo fraire
De cramba en cramba l’a cercat.
D’un còp d’espasa,
la tèsta au maishant a copat.

Erano tre fratelli,
Avevano un’unica sorella da dare in sposa.
L’hanno data in sposa
Al più cattivo del circondario.
Molto l’ha picchiata
Con un ramo di melo verde.

Tanto l’ha picchiata
Con un ramo di melo verde
Che l’ha martoriata
Dalla testa fino ai piedi.
La sua camicetta
Al rio va a lavare.

Mentre lava
Arrivano tre cavalieri.
Ehilà, serva!
Dov’è la signora del castello?
Non sono una serva,
Sono io la signora del castello.

Non sono una serva,
Sono io la signora del castello.
Dimmi, sorellina,
Chi ti ha ridotta in queste condizioni?
È stato, mio caro fratello,
Il marito che mi avete dato.

È stato, mio caro fratello,
Il marito che mi avete dato.
Allora il fratello
Di stanza in stanza l’ha cercato.
D’un colpo di spada
La testa al cattivo ha tagliato.

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Una Musiqua muy bien tocada


Antoine Boësset (1586 – 1643): Una Musiqua, dal Premier Livre d’airs (1617). Le Poème harmonique, dir. Vincent Dumestre.

Una Musiqua le den a una dama en este ton,
Dí lín dín dín lín dín,
Vive´a la gala del Señor Baron.

Una Musiqua de tres que cierto muy bien tocada,
Tiple tenor y contr´alto jonctos no ven al reveys.
Et tiple el baxaron.
Dí lín dín…

Y quando la Joaniqua entiende qu´el su Pedro en ton la blama
Tenga por cierto la dama que la Musiqua no se detiene.
Dí lín dín…


Boësset, Una Musiqua

Come difendersi dalle leggi e dalle miserie d’Amore

Antoine Boësset (1586 o 1587 - 1643): Nos esprits libres et contents, dal Ballet de la Reyne (1606, pubbl. 1609). Le Poème harmonique, dir. Vincent Dumestre.

Nos esprits libres et contents
Vivent en ces doux passe-temps.
Et par de si chastes plaisirs,
Bannissent tous autres désirs.

La danse, la chasse et les bois,
Nous rendent exempts des lois
Et des misères dont l’Amour
Afflige les cœurs de la Cour.

[Et c’est plutôt avec cet art
Qu’avec la pointe de ce dard
Que cette troupe se défend
Des traits de ce cruel Enfant.]

Car en changeant toujours de lieu
Nous empêchons si bien ce Dieu,
Qu’il ne peut s’assurer des coups
Qu’il pense tirer contre nous.

Ainsi nous défendant de lui
Et passant nos jours sans ennui,
Nous essayons de lui ravir
La gloire de nous asservir.

Il est bien vrai qu’en nous sauvant,
Il nous va toujours poursuivant,
Et nous poursuit en tant de lieux,
Qu’en fin il entre dans nos yeux.

[Mais encore qu’on puisse penser
Qu’alors il nous doive offenser,
Pourtant nous n’avons point de peur
Qu’il nous puisse enflammer le cœur.

Car la neige de notre sein
Empêche si bien son dessein,
Qu’alors qu’il nous pense enflammer
Son feu ne se peut allumer.]

Nos esprits libres et contents
Vivent en ces doux passe-temps.
Et par de si chastes plaisirs,
Bannissent tous autres désirs.


Ogni notte

Clément Janequin (c1485-1558): Toutes les nuits (1547). Le Poème Harmonique: Claire Lefilliâtre, soprano; Nanja Breedijk, arpa doppia; Vicent Dumestre, liuto. Video vangoghiano…

Toutes les nuits tu m’es présente
Par songe doux et gracieux.
Mais tous les jours tu m’es absente
Qui m’es regretz fort ennuyeux.

Puis donc que la nuit me vaut mieux
Et que je n’ai bien que par songe.
Dormez de jour, Ô pauvres yeux!
Afin que sans cesse je songe.


Janequin, Toutes les nuictz

Fanciulla di giorno, di notte bianca cerbiatta

Anonimo: La blanche biche (canto tradizionale diffuso fra Vandea e Normandia). Le Poème Har­monique, dir. Vincent Dumestre.

Celles qui vont au bois
C’est la mère et la fille;

La mère va chantant
Et la fille soupire.

«Qu’avez vous à soupirer,
Ma fille Marguerite?»

«J’ai bien grande ire en moi
Et n’ose vous le dire.

Je suis fille le jour
Et la nuit blanche biche;

La chasse est après moi,
Les barons et les princes.

Et mon frère Renaud
Qui est encore bien pire.

Qu’il arrête ses chiens
Jusqu’à demain ressie.»

«Où sont tes chiens, Renaud,
Et ta chasse gentille?»

«Ils sont dedans le bois
A courre blanche biche.»

«Arrête-les, Renaud,
Arrête, je t’en prie!»

Trois fois les a cornés
De son cornet de cuivre.

A la troisième fois
La blanche biche est prise.

Celui qui la dépouille
Dit «je ne sais que dire,

Elle a les cheveux blonds
Et le sein d’une fille!»

A tiré son couteau,
En quartiers il l’a mise.

En ont fait un dîner
Aux barons et aux princes.

«Nous voici tous ici
Faut ma sœur Marguerite.»

«Vous n’avez qu’à manger,
Suis la première assise.

Ma tête est dans le plat
Et mon cœur aux chevilles.

Mon sang est répandu
Par toute la cuisine.

Et sur vos noirs charbons
Mes pauvres os y grillent.»


Égal aux dieux


Antoine Boësset (1586 o 1587 – 1643): À la fin cette bergère, air de cour (1624). Le Poème harmonique, dir. Vincent Dumestre.

A la fin cette bergere
Sent les maux que j’ay soufferts,
Et sa foy jadis legere
Perd ce tiltre dans ses fers:
 Nous vivons soubs mesme loy
 Puis que je la tiens à moy.

Non, je n’ay plus cette crainte
Que j’avois par le passé:
Car Phillis se trouve attainte
De ce trait qui m’a blessé.

Mes feux ont produit sa flame
Qui me rend esgal aux dieux,
Et l’amour est dans son ame,
Qui n’estoit que dans ses yeux.

Mon amour recompensée
N’aura plus de desplaisir,
Nous n’avons qu’une pensée,
Qu’un vouloir, & qu’un desir.


Boesset

…et des châtaignes aussi

Anonimo: Mort et convoi de l’invincible Malbrough, ovvero Malbrough s’en va-t-en guerre. Le Poème Harmonique, dir. Vincent Dumestre.
In occasione dell’anniversario della battaglia di Malplaquet (11 settembre 1709). La melodia, si sa, fu utilizzata fra gli altri da Beethoven in Wellingtons Sieg, oder Die Schlacht bei Vitoria op. 91 (1813) per rappresentare musicalmente l’avvicinarsi delle truppe napoleoniche.

Malbrough s’en va-t-en guerre,
mironton, mironton, mirontaine,
Malbrough s’en va-t-en guerre,
Ne sait quand reviendra.

Il reviendra-z-à Pâques,
ou à la Trinité.

La Trinité se passe,
Malbrough ne revient pas.

Madame à sa tour monte
si haut qu’elle peut monter.

Elle voit venir son page,
tout de noir habillé.

Beau page, ah!, mon beau page,
quell’ nouvell’ apportez?

Aux nouvelles que j’apporte,
vos beaux yeux vont pleurer!

[Quittez vos habits roses,
et vos satins brodés!

Prenez la robe noire
et les souliers cirés.
]

Monsieur Malbrough est mort,
est mort et enterré.

L’ai vu porter en terre,
par quatre-z-officiers.

L’un portait sa cuirasse
l’autre son bouclier.

L’autre portait son grand sabre,
et l’autre ne portait rien.

A l’entour de sa tombe,
romarins l’on planta.

[Sur la plus haute branche
un rossignol chantait.
]

On vit voler son âme
au travers des lauriers.

Chacun mit ventre à terre
et puis se releva

pour chanter les victoires
que Malbrough remporta.

La cérémonie faite,
chacun s’en fut coucher.

Les uns avec leurs femmes,
et les autres tout seuls!

Ce n’est pas qu’il en manque,
car j’en connais beaucoup

des blondes et des brunes
et des châtaignes aussi.

J’ n’en dis pas davantage,
car en voilà-z-assez.



Fernando Sor (1778-1839): Introduction et variations sur l’air Malbroug op. 28 (1827). Anders Miolin, chitarra.