Notte più bella dei bei giorni

Alfred Bachelet (26 febbraio 1864 - 10 febbraio 1944): Chère nuit, mélodie (1897) su testo di Eugène Adénis-Colombeau. Barbara Hendricks, soprano; Michel Dalberto, pianoforte.

Voici l’heure bientôt.
Derrière la colline
je vois le soleil qui décline
Et cache ses rayons jaloux…
J’entends chanter l’âme des choses
Et les narcisses et les roses
M’apportent des parfums plus doux!
Chére nuit aux clartés sereines
Toi que ramènes le tendre amant
Ah! descends et voile la terre
De ton mystère calme et charmant.
Mon bonheur renaît sous ton aile
O nuit plus belle que les beaux jours:
Ah! lève-toi pour faire encore
Briller l’aurore de mes amours.


Come pietra era il suo cuore

Nadia Boulanger (1887 - 1979): Au bord de la route, mélodie (1922) su testo di Camille Mauclair (pseudonimo di Séverin Faust). Melinda Paulsen, mezzosoprano; Angela Gassenhuber, pianoforte.

Cet homme ne voulait plus vivre.
Voyons, de quoi vous mêlez-vous?
Monsieur, madame, en vérité,
Cet homme en avait assez.

Son cœur était comme une pierre,
Mais si quelqu’un l’avait ouvert,
Peut-être dans ce cœur d’amant
Aurait-il vu le diamante.

Mais la pierre était si pesante
Qu’il s’est couché sur le chemin
En serrant sur elle ses mains
Et il est mort de son attente.

Cet homme en avait assez.
Avec lui le joyau mourra.
Monsieur, madame, il se fait tard:
Un signe de croix et passez.


Berceuse d’Armorique

Poldowski, pseudonimo di Régine Wieniawski (1879 - 28 gennaio 1932): Berceuse d’Armorique (1914) su testo di Anatole Le Braz. Angelique Zuluaga, soprano; Gwendolyn Mok, pianoforte.

Dors, petit enfant , dans ton lit bien clos:
Dieu prenne en pitié les bons matelots!

  Chante ta chanson, chante, bonne vieille!
  La lune se lève et la mer s’éveille.

Au Pays du Froid, la houle des fjords
Chante sa berceuse en berçant les morts.

Dors, petit enfant, dans ton lit bien doux,
Car tu t’en iras comme ils s’en vont tous.

Tes yeux ont dèjà la couleur des flots.
Dieu prenne en pitié les bons matelots!


Chiari di Luna – II

Gabriel Fauré (1845 - 1924): Clair de Lune (Menuet ), mélodie per soprano e orchestra op. 46 n. 2 (1887) sul medesimo testo di Paul Verlaine (da Fêtes galantes, 1869) che ispirò a Debussy il III movimento della Suite bergamasque. Natalie Dessay, soprano; Radion sinfoniaorkesteri, dir. Hannu Lintu.


Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

(Paul Verlaine)


Fauré, op. 46 n. 2

La Chanson de Fortunio

Jacques Offenbach (20 giugno 1819 - 1880): Chanson de Fortunio per canto e pianoforte (1850) su testo di Alfred de Musset. Paul Trépanier, tenore; pianista non identificato.

Si vous croyez que je vais dire
  Qui j’ose aimer,
Je ne saurais, pour un empire,
  Vous la nommer.

Nous allons chanter à la ronde,
  Si vous voulez,
Que je l’adore et qu’elle est blonde
  Comme les blés.

Je fais ce que sa fantaisie
  Veut m’ordonner,
Et je puis, s’il lui faut ma vie,
  La lui donner.

Du mal qu’une amour ignorée
  Nous fait souffrir,
J’en porte l’âme déchirée
  Jusqu’à mourir.

Mais j’aime trop pour que je die
  Qui j’ose aimer,
Et je veux mourir pour ma mie
  Sans la nommer.

Nel 1850 la Comédie-Française riallestì Le Chandelier di Musset: questi chiese a Offenbach di musicare la canzone che Fortunio canta a Jacqueline nella 3a scena del II atto. Jacques accettò l’incarico con entusiasmo e nel giro di poche ore ultimò la composizione. Si precipitò poi in teatro, diede il foglio su cui aveva scritto la musica all’attore che doveva interpretare il ruolo di Fortunio, Louis-Arsène Delaunay, e si sedette al pianoforte. Cominciò a suonare, Delaunay a cantare. Ahimé, Offenbach aveva composto il brano pensando a un tenore, ché di norma nel teatro lirico sono i tenori a sostenere le parti dei giovani innamorati, ma Delaunay aveva una profonda voce di basso!
Non se ne fece nulla. Offenbach conservò lo spartito per una futura occasione (dieci anni più tardi vi costruì attorno un breve opéra-comique in un atto su libretto dei fidati amici Ludovic Halévy e Hector Crémieux). Musset, ormai segnato dalla malattia e dall’abuso di assenzio, si persuase che Offenbach fosse «un uccello di sventura» e non volle mai più incontrarlo.


Chanson de Fortunio

Haї-luli!

Pauline Viardot-García (1821 – 1910): Haï-luli!, mélodie (1880) su testo di Xavier de Maistre. Cecilia Bartoli, mezzosoprano; Myung-Whun Chung, pianoforte.

Je suis triste, je m’inquiète,
Je ne sais plus que devenir.
Mon bon ami devait venir
Et je l’attends ici seulette.
    Haï-luli! haï-luli!
Où donc peut être mon ami?

Je m’assieds pour filer ma laine,
Le fil se casse dans ma main…
Allons! je filerai demain,
Aujourd’hui je suis trop en peine.
    Haï-luli! haï-luli!
Qu’il fait triste sans son ami.

Si jamais il devient volage,
S’il doit un jour m’abandonner,
Le village n’a qu’à brûler
Et moi-même avec le village!
    Haï-luli! haï-luli!
À quoi bon vivre sans ami?


Pauline Viardot-García

Chansons de Bilitis – I

Claude Debussy (1862 – 1918): Trois Chansons de Bilitis, 3 mélodies per voce e pianoforte L2 97 (1897-98) su testi di Pierre Louÿs. Régine Crespin, soprano; John Wustman, pianoforte.

I. La Flûte de Pan: Lent et sans rigueur de rythme

Pour le jour des hyacinthies,
il m’a donné une syrinx faite
de roseaux bien taillés,
unis avec la blanche cire
qui est douce à mes lèvres comme le miel.

Il m’apprend à jouer, assise sur ses genoux;
mais je suis un peu tremblante.
il en joue après moi,
si doucement que je l’entends à peine.

Nous n’avons rien à nous dire,
tant nous sommes près l’un de l’autre;
mais nos chansons veulent se répondre,
et tour à tour nos bouches
s’unissent sur la flûte.

Il est tard,
voici le chant des grenouilles vertes
qui commence avec la nuit.
Ma mère ne croira jamais
que je suis restée si longtemps
à chercher ma ceinture perdue.


II. La Chevelure: Assez lent, très expressif et passionnément concentré [3:01]

Il m’a dit: «Cette nuit, j’ai rêvé.
J’avais ta chevelure autour de mon cou.
J’avais tes cheveux comme un collier noir
autour de ma nuque et sur ma poitrine.

«Je les caressais, et c’étaient les miens;
et nous étions liés pour toujours ainsi,
par la même chevelure, la bouche sur la bouche,
ainsi que deux lauriers n’ont souvent qu’une racine.

«Et peu à peu, il m’a semblé,
tant nos membres étaient confondus,
que je devenais toi-même,
ou que tu entrais en moi comme mon songe.»

Quand il eut achevé,
il mit doucement ses mains sur mes épaules,
et il me regarda d’un regard si tendre,
que je baissai les yeux avec un frisson.


III. Le Tombeau des Naïades: Très lent [7:00]

Le long du bois couvert de givre, je marchais;
Mes cheveux devant ma bouche
Se fleurissaient de petits glaçons,
Et mes sandales étaient lourdes
De neige fangeuse et tassée.

Il me dit: «Que cherches-tu?»
Je suis la trace du satyre.
Ses petits pas fourchus alternent
Comme des trous dans un manteau blanc.
Il me dit: «Les satyres sont morts.»

«Les satyres et les nymphes aussi.
Depuis trente ans, il n’a pas fait un hiver aussi terrible.
La trace que tu vois est celle d’un bouc.
Mais restons ici, où est leur tombeau.»

Et avec le fer de sa houe il cassa la glace
De la source ou jadis riaient les naïades.
Il prenait de grands morceaux froids,
Et les soulevant vers le ciel pâle,
Il regardait au travers.


La Flûte de Pan