Non parlatemi più d’amore

Pierre Guédron (c1566 - c1620): Qu’on ne me parle plus d’amour, air de ballet (air de cour) tratto dal Ballet des inconstants (1608). Le Poème Harmonique, dir. Vincent Dumestre.

Qu’on ne me parle plus d’amour,
L’inconstance règne à la Cour,
Ô Dieux punissez ces âmes volages,
Ô Dieux punissez ces légers amoureux.

Ces amants pour nous décevoir
Jurent Amour et son pouvoir:
Ô Dieux punissez ces âmes parjures,
Ô Dieux punissez ces légers amoureux.

Ils n’ont de la fidélité
Sinon pour la déloyauté:
Ô Dieux punissez ces cœurs infidèles,
Ô Dieux que n’ont-ils leurs cœurs dans les yeux.

Ils feignent plus de passion
Lorsqu’ils ont moins d’affection:
Ô Dieux punissez ces cœurs infidèles,
Ô Dieux punissez ces légers amoureux.

La foi de ces esprits moqueurs
Fuit par leurs bouches de leurs cœurs:
Ô Dieux punissez ces cœurs infidèles,
Ô Dieux punissez ces légers amoureux.

Se questo brano vi è piaciuto, ascoltate anche Est-ce Mars? , un altro air de cour di Guédron: la sua melodia ha ispirato alcuni musicisti secenteschi che l’hanno utilizzata come tema per variazioni.


gallica

C’est toujours le dire

Michel Lambert (1610 - 29 giugno 1696): Le repos, l’ombre, le silence, «air sérieux» (air de cour, 1685). Stephan van Dyck, tenore; Musica Favola.

Le repos, l’ombre, le silence,
Tout m’oblige en ces lieux à faire confidence
De mes ennuis les plus secrets.
Je me sens soulagé dy conter mon martyre,
Je ne le dis qu’à des forests;
Mais, enfin, c’est toujours le dire.

Si l’on veut parler sans rien taire
On est en liberté dans ce lieu solitaire,
On ne craint point les indiscrets:
Je me sens soulagé d’y conter mon martyre,
Je ne le dis qu’à des forests;
Mais, enfin, c’est toujours le dire.


Una Musiqua muy bien tocada


Antoine Boësset (1586 – 1643): Una Musiqua, dal Premier Livre d’airs (1617). Le Poème harmonique, dir. Vincent Dumestre.

Una Musiqua le den a una dama en este ton,
Dí lín dín dín lín dín,
Vive´a la gala del Señor Baron.

Una Musiqua de tres que cierto muy bien tocada,
Tiple tenor y contr´alto jonctos no ven al reveys.
Et tiple el baxaron.
Dí lín dín…

Y quando la Joaniqua entiende qu´el su Pedro en ton la blama
Tenga por cierto la dama que la Musiqua no se detiene.
Dí lín dín…


Boësset, Una Musiqua

Graves tesmoins des mes delices


Constantijn Huygens (4 settembre 1596-1687): Graves tesmoins, air de cour, n. 34 della raccolta Pathodia sacra et profana (1647). Interpreti non identificati.

Graves tesmoins de mes delices,
Chesnes touffus, beaux precipices,
Que j’ay veu tant d’estez,
Jaloux et glorieux de mes felicitez.

Adieu, deserts, puisqu’Amarante,
L’ingrate amante,
Ne gouste plus vos ombres ny ma voix,
Vous n’estes plus mes bois.

N’attendez plus que je me rende
Où autre que l’Amour m’entende:
La seule Echo me nuit,
Et l’ombre qu’il me faut c’est l’eternelle nuict.

Adieu, deserts…


Constantijn Huygens

Ces yeux pour qui je meurs d’amour


Étienne Moulinié (1599-1676): Enfin la beauté que j’adore, air de cour. Marie-Claude Vallin, soprano; Lutz Kirchhof, liuto.

Enfin la beauté que j’adore
Me fait cognoistre en son retour
Qu’elle veut que je voye encore
Ces yeux pour qui je meurs d’amour.
 Mais puis que je revoy la beauté qui m’enflame,
 Sortez mes desplaisirs, hostez vous de mon âme.

Le ciel voyant que son absence
M’oste tout mon contentement,
Octroye à ma perseverance
La fin de mon cruel tourment.

Mes maux changés vous en delices,
Mon coeur arrestés vos douleurs,
Amour bannissez mes supplices,
Mes yeux ne versez plus de pleurs.


Enfin la beauté que j'adore

Charmes & alarmes

Michel Lambert (1610 - 1696): Vos mespris chaque jour, air de cour (1689). Stephan van Dyck, tenore; ensemble Musica Favola.

Vos mespris chaque jour me causent mille alarmes,
Mais je chéris mon sort, bien qu’il soit rigoureux,
Hélas! si dans mes maux je trouve tant de charmes,
Je mourrois de plaisir si j’estois plus heureux.


Lambert, Vos mépris chaque jour

Égal aux dieux

Antoine Boësset (1586 o 1587 - 1643): À la fin cette bergère, air de cour (1624). Le Poème harmonique, dir. Vincent Dumestre.

A la fin cette bergere
Sent les maux que j’ay soufferts,
Et sa foy jadis legere
Perd ce tiltre dans ses fers:
 Nous vivons soubs mesme loy
 Puis que je la tiens à moy.

Non, je n’ay plus cette crainte
Que j’avois par le passé:
Car Phillis se trouve attainte
De ce trait qui m’a blessé.

Mes feux ont produit sa flame
Qui me rend esgal aux dieux,
Et l’amour est dans son ame,
Qui n’estoit que dans ses yeux.

Mon amour recompensée
N’aura plus de desplaisir,
Nous n’avons qu’une pensée,
Qu’un vouloir, & qu’un desir.


Boesset